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mardi 23 juin 2009

Par les temps qui courent

Notre perception du temps qui passe est très zarbie. Si vous sondez un candidat du bac à la sortie d'une épreuve, il vous dira que les quatre heures sont passées comme un éclair. Mais si vous lui demandez de se souvenir de son petit-déjeuner du matin même, ce souvenir lui semblera étrangement lointain. Idem, même quand vous passez des vacances très actives, dans un lieu que vous découvrez pour la première fois, chaque journée filera très vite et pourtant vous avez l'impression qu'il s'est écoulé une éternité depuis votre dernier jour avant ces vacances.

Inversement, si quelqu'un a des journées monotones, angoissées ou pas très intéressantes, chacune lui paraitra interminable sur le moment mais rétrospectivement, il aura l'impression que les semaines filent à grande vitesse. Comme si notre sensation du temps instantanée était toujours à l'inverse de la perception rétrospective. Bizarre non?

La plupart des scientifiques font l'hypothèse d'une horloge interne pour les durées entre une seconde et quelques heures, réglée sur nos rythmes propres -respiration, battements cardiaques ou fréquence des décharges de nos neurones. Pour évaluer une durée, on compterait inconsciemment le nombre de tic-tic produits pendant ce laps de temps. Comme cette horloge interne se laisse facilement dérégler, un petit coup de stress et hop! le temps semble passer soudain très lentement. C'est ce qui se passe quand on éprouve une émotion très forte -lors d'un accident par exemple. La fraction de seconde qu'a duré le choc paraît avoir duré une éternité.

Cette interprétation a au moins le mérite d'expliquer l'impression d'allongement du temps rétrospectivement, mais pas la sensation du temps qui file quand on est concentré sur une activité. Comme nos chercheurs ont eux-mêmes du temps à perdre, ils ont vérifié expérimentalement: on a demandé à des volontaires d'effectuer une tâche nécessitant beaucoup d'attention et d'estimer le temps passé à cette tâche. Comme on peut s'y attendre plus la tâche était absorbante, plus nos volontaires ont sous-évalué le temps qu'ils y ont consacré. Le mystère reste donc entier et les explications que j'ai lues (par exemple l'hypothèse qu'on "oublierait" de compter les tic-tac de l'horloge interne quand on est trop concentré sur quelque chose) ne m'ont pas convaincu. Nous entrons donc ici dans une zone de pure spéculation Xochipillesque. Vous voilà prévenus! Je compte sur vos commentaires éclairés pour faire émulsionner le jus de crâne qui va suivre.

Est-il nécessaire de faire intervenir une horloge interne dont les effets sont parfois contradictoires avec l'expérience? Mon hypothèse est qu'on peut en faire l'économie, en supposant par exemple que la perception de durée est proportionnelle à la diversité des sollicitations extérieures ou des états émotionnels pendant ce laps de temps.

Un exemple: promenons-nous en terrain inconnu. A l'aller on ne connaît pas le chemin, nos sens sont en alerte, attentifs à chaque nouveauté, occupés soit à admirer le paysage soit à ne pas se perdre. Le temps semble très long, à la mesure de la diversité des sollicitations sensorielles. Au retour, le chemin est connu, plus de risque de se perdre. Notre attention se relâche, nos sens sont en paix: la durée perçue semble plus courte. Essayez, vous verrez c'est systématique, à une nuance près: si au retour, vous craignez de ne pas être sur le bon chemin -parce que vous n'êtes pas sûr de le reconnaître, vos sens restent en alerte et le chemin du retour vous paraît beaucoup plus long! De la même manière à mesure que l'on vieillit, les événements de la vie -anniversaires, Noël, vacances, etc. nous surprennent de moins en moins et les années semblent passer de plus en plus vite.

Cette théorie pourrait aussi résoudre le paradoxe des deux perceptions contradictoires du temps qui passe, quand on est absorbé dans une activité. Concentré sur notre tâche, on n'entend rien, on ne voit rien. En toute logique:
- sur le moment notre attention s'est focalisée sur une seule tâche. La "diversité des sollicitations" est alors minimale: le temps passe très vite.
- Une fois l'activité terminée, le souvenir de ce qui l'a précédée rappelle l'immense changement mental par lequel on est passé. Changement automatiquement associé à un laps de temps plus long. Ca marche!

Que se passe-t-il quand on s'ennuie? On est alors "distrait" et notre attention faiblement mais constamment sollicitée par n'importe quoi, même si on n'y accorde aucune importance. Le temps passe (trop) lentement à cause de cette absence de focalisation mentale. Mais rétrospectivement ces sollicitations insignifiantes sont gommées de la mémoire, et le lendemain on a l'impression que cette journée a filé désespérément vite. A moins évidemment qu'on ne garde clairement en mémoire le souvenir que l'attente était interminable, mais là ça devient compliqué!

Allez, puisqu'on en est aux théories à deux balles, je soupçonne les personnes hyperactives de chercher simplement à échapper au temps qui passe. Avec le double effet kiss cool d'ailleurs: d'une part leur hyperactivité les empêche sur l'instant de voir le temps passer. Ensuite, la diversité de leurs activités leur donne rétrospectivement la sensation d'un temps qui s'écoule très lentement... La distraction permanente agit en quelque sorte comme un refuge contre la perspective de la mort. Est-ce un hasard si notre société -où la mort est l'un des derniers tabous- encourage comme jamais cet boulimie de distraction?


Sources et articles sur le sujet:
The Psychology of Time, in Journal of Young Investigator June 2009
Time Perception sur le blog de Edward Willett 2004
Our consciousness of time, du blog Dichotomistic de John Mc Crone

Billets connexes (de loin!):
A quand la non-communication efficace? sur le syndrome de la réactivité instantanée en entreprise.

jeudi 26 mars 2009

Psychologie de l'incivilité au volant

C'est la journée de la courtoisie sur la route et l'occasion de se demander pourquoi on se transforme si facilement en Mr Hyde dès qu'on a les fesses sur le siège de sa voiture. Pur jus de crâne Xochipillesque, je vous préviens tout de suite, car ma culture scientifique sur le sujet se limite aux tests du type "quel conducteur êtes-vous?" dans les magazines que je ne lis (presque) pas.

C'est dans les pays dont le niveau d'éducation est faible que le contraste est le plus saisissant. Au Mexique, pays que je connais bien, le savoir-vivre exige une surenchère dans la courtoisie face à quelqu'un: on ne dit pas "à votre service" mais "à vos ordres" (a sus ordenes!), on ne parle pas de son "chez soi" mais de "votre" maison (car "ma maison est votre maison" - "su humilde casa") etc. A l'inverse les queues de poissons, les insultes et les doigts tendus rythment frénétiquement la vie bien peu urbaine des conducteurs automobiles.

Au milieu de cette jungle, un détail m'a pourtant toujours intrigué: pour changer de file au milieu d'une circulation très dense, il suffit de tendre la main par la fenêtre ouverte pour amadouer instantanément le conducteur de derrière. Alors que le clignotant est totalement inefficace, la technique de la main passée par la portière fait mouche à tous les coups à tel point que le passager le fait aussi à la place du conducteur lorsqu'il faut bifurquer à droite.

Ce soudain accès de civilité s'explique selon moi par l'irruption d'une forme de communication humaine -une main tendue- unique dans la marée des voitures. Et ce signal visuel exerce une pression très puissante sur les comportements des autres conducteurs. Autant l'automobiliste ignore sans même y penser le clignotant de la voiture de devant, autant il obéit quasi instinctivement au signal humain d'une main tendue. Faites l'expérience vous-même la prochaine fois que vous êtes coincé dans un carrefour embouteillé: si vous arrivez à attraper le regard du conducteur qui arrive en face, la partie est gagnée et il vous laissera passer. Et si vous lui faites un signe de tête ou un sourire, il le fera de bonne, grâce par dessus le marché. La tactique des mauvais coucheurs consiste d'ailleurs dans ces cas-là à éviter de croiser votre regard en gardant le leur obstinément braqué dans le vide.

Mon hypothèse est donc que nous nous soumettons aux communications non-verbales de manière compulsive, irrépressible (à condition de ne pas être indisposé par la personne en face de soi). Notre courtoisie de visu serait une réponse-réflexe à un signal non verbal et non pas le fruit d'une décision consciente. Nous sommes conditionnés pour répondre positivement aux signaux non verbaux de nos semblables. L'éducation reçue, l'intelligence, la rationalisation ne font que renforcer ce comportement, en le justifiant après coup, mais ils n'en seraient en aucune manière la source.

En l'absence de signaux visuels -lorsqu'on ne voit pas les conducteurs dans leurs voitures par exemple- l'incivilité est la règle naturelle et la courtoisie l'exception. Le même phénomène se constate au téléphone: toujours au Mexique, il est très courant de se voir raccrocher au nez et sans un mot d'excuse lorsqu'on reçoit un coup de fil par erreur. Par contre dès que l'on met un visage sur une voix la relation change du tout au tout, bien entendu.

J'en conclus (provisoirement) qu'il y a une différence fondamentale entre d'un côté la bienveillance provoquée instinctivement par une communication non verbale et, de l'autre, le civisme, fruit d'une longue éducation qui encourage à la même bienveillance même en l'absence de communication non verbale. Ce qui fait le propre de l'homme n'est pas sa bienveillance face à autrui (ça, ça existe partout dans le monde animal), mais son civisme, c'est à dire sa bienveillance face à l'idée de l'autre, lorsque l'autre n'est pas visible. L'imagination au pouvoir en quelque sorte...

Au fait, un embouteillage comment ça se forme? Regardez la petite vidéo qui l'explique parfaitement en 40 secondes chrono:


dimanche 26 août 2007

Nous ne verrons jamais ET...

Avons-nous la moindre chance de croiser un extra-terrestre d'une civilisation aussi développée que la nôtre (c'est-à-dire capable d'aller se promener dans l'espace, à la recherche d'une autre forme de vie)? La question est moins métaphysique qu'elle n'en a l'air, pourvu que l'on garde en tête le calendrier de l'univers (une bonne illustration ici). Et nanti de ce viatique, quelques probabilités permettent de relativiser cruellement cette perspective.

Mon hypothèse principale est qu'une civilisation qui a le pouvoir d'aller dans l'espace a une espérance de vie courte, car elle est probablement également capable technologiquement de s'auto-détruire. Avec une bombe nucléaire entre les mains il est probable que notre monde civilisé durera moins de quelques millénaires.
Soyons très optimistes et imaginons qu'une telle civilisation ait une espérance de vie de 100 000 ans.

Ma deuxième hypothèse est qu'une civilisation évoluée a pu se créer n'importe quand dans le calendrier cosmique de l'univers. Il n'y a pas une date ou une période propice à l'émergence d'une telle civilisation.

Sous ces hypothèses, se faire rencontrer deux telles civilisations (la nôtre et l'extraterrestre), c'est faire coexister deux événements aléatoires d'une durée de 100 000 ans sur une échelle de 12 millards d'années.
Il y a donc une chance sur 120 000 pour que cela arrive... On peut toujours attendre, même si c'est plus que la probabilité de gagner le gros lot au Loto (une chance sur 14 millions)!

Par exemple, si un extraterrestre venait sur Terre, il aurait 3 chances sur 4 de n'y trouver qu'une soupe bactérienne pour unique forme de vie (durant 3 milliards d'années), une chance sur 8 de tomber sur des vertébrés (500 millions d'années) et une chance sur 8000 de tomber sur des homo sapiens (500 000 ans).

Dans notre quête de vie extraterrestre, on ne peut donc s'attendre qu'à trouver des traces de vie très primitives (bactéries) ou des restes de'une vie plus développée... mais disparue depuis des millions d'années.