mardi 27 novembre 2007

Nous sommes tous les descendants de Charlemagne

Amusant insert d'O Postel-Vinay dans l'Histoire de ce mois-ci, en référence à un article de Nature de 2004.

Charlemagne a vécu il y a environ 1200 ans, soit à peu près 48 générations.
Si tous nos ancêtres étaient de lignées différente, nous aurions chacun 2 puissance 48 ancêtres vivant à cette époque. Soit environ 281 000 milliards d'individus, bien plus que la population de toute la Terre.

Le paradoxe s'explique bien sûr par la forte consanguinité de nos arbres généalogiques, mais avec ce raisonnement simple, on conçoit intuitivement que tous les contemporains de Charlemagne sont très probablement nos ancêtres, Charlemagne lui-même y compris.

L'article publié dans Nature (commenté dans Science Daily) présente les résultats d'une modélisation mathématique plus complexe, tenant compte d'une reproduction intra-groupes sociaux et conclut à un ancêtre commun à toute l'humanité, vivant il y a 3000 ans seulement.

Appliqué à l'avenir, ce modèle prédit que chacun de nous est ancêtre de toute l'humanité qui vivra dans 2000 ans. Ca fait mal à la tête.

dimanche 4 novembre 2007

L'eau et la vie extraterrestre: quel rapport?

On associe souvent l'eau à une condition nécessaire à la vie: Pas d'eau, pas de vie. D'où l'émoi que suscite chaque découverte de traces d'eau sur les planètes de notre système solaire. Mais pourquoi ce qui serait indispensable à la vie sur Terre le serait-il dans d'autres systèmes extra-terrestres? Ne peut-on imaginer que la vie sous d'autres formes se soit développée grâce à d'autres substances que l'eau?

La réponse tiendrait à ce que la vie ne peut se développer que dans un milieu liquide et que l'eau est le meilleur -si ce n'est le seul- candidat à une telle présence sous forme abondante.

La naissance de la vie suppose un grand nombre de réactions chimiques qui impliquent de nombreuses interactions entre les molécules. Dans un milieu solide, les molécules sont souvent peu mobiles et interagissent peu. Dans un gaz, elles sont certes très mobiles, mais aussi très éloignées les unes des autres rendant les échanges moins probables. Un milieu liquide est donc naturellement plus favorable à la multiplication de réactions chimiques et probablement nécessaire à la naissance de la vie sur une planète.

L'eau est une des molécules abondantes dans l'univers car constituée elle-même d'atomes très abondants. L'hydrogène, le plus simple des atomes (un proton et un électron) représente 92% des atomes de l'univers. L'oxygène bien que plus complexe (8 protons et 8 électrons) est aussi l'un des atomes les plus fréquents de l'univers car né des réactions de fusion entre atomes d'Hélium des premières étoiles.

Ensuite l'eau tend naturellement à rester liquide plus que d'autres molécules similaires, (source: Wikipedia) notamment du fait des liaisons entre atomes d'hydrogène de molécules voisines, qui "s'accrochent" ainsi les unes aux autres:
- L'eau s'évapore à température particulièrement élevée par rapport à sa masse moléculaire, car il lui faut beaucoup d'énergie pour briser ces liaisons hydrogènes.
- L'eau possède cette propriété rare d'être plus dense liquide que solide. Alors que dans tout autre substrat, le liquide flotte en surface et gèle en profondeur, l'eau reste liquide en profondeur, protégée de surcroît par la couche de glace en surface. Comme elle atteint sa densité maximale à 4°C, la température maximale du fond d'un lac descend rarement en dessous de cette température, permettant ainsi la survie de son écosystème en cas de grand froid.

Enfin l'eau possède des propriétés biochimiques intéressantes pour le développement de la vie:
- c'est un "solvant doux", ni acide ni basique et peu oxydant vis-à-vis des molécules carbonnées y baignant. L'eau permet de dissoudre de nombreuses molécules sans les modifier chimiquement et sans se modifier elle-même.
- Sa tension superficielle particulièrement élevée est propice au phénomène de capillarité très utilisé par les organismes vivants (les plantes en particulier).

Molécule abondante, particulièrement stable sous forme liquide et peu agressive par rapport à ce qui s'y baigne, l'eau est ainsi LE milieu idéal aux réactions chimiques entre atomes et molécules nécessaires à toute éclosion d'une forme de vie...

samedi 8 septembre 2007

L'espérance de vie sur une bande d'arrêt d'urgence

Parmi les plus célèbres légendes urbaines, celle de l'espérance de vie de quinze minutes sur la bande d'arrêt d'urgence d'une autoroute m'amuse beaucoup. On la retrouve surtout sur les sites des vendeurs d'équipements de sécurité pour lesquels ces chiffres effarants sont d'excellents arguments de vente (ce pdf de Norauto par exemple).

Circuler sur la bande d'arrêt d'urgence est très dangereux, bien entendu, personne ne le conteste. Mais ces quinze minutes-là me laissent perplexe et je n'ai rien trouvé sur le site des légendes urbaines.

L'espérance de vie est la moyenne statistique de toutes les durées de vie des personnes se trouvant dans la situation en question. Donc y compris celles qui ne sont pas mortes à l'issue de cette aventure, soit probablement une bonne proportion de TOUS les conducteurs automobiles... Comment peut-on les prendre en compte?!

On peut imaginer que ces quinze minutes se rapportent aux seules personnes mortes sur ces BAU. Mais dans ce cas, ce chiffre nous renseigne peu sur la dangerosité des BAU: par exemple s'il n'y a qu'une personne décédée dans ces circonstances sur les milliers auxquelles il n'est heureusement rien arrivé...

Tout cela pour rassurer nos valeureux gendarmes qui sont régulièrement stationnés sur les BAU, tout concentrés qu'ils sont sur leur passion pour la photographie d'automobilistes trop pressés!

dimanche 26 août 2007

Nous ne verrons jamais ET...

Avons-nous la moindre chance de croiser un extra-terrestre d'une civilisation aussi développée que la nôtre (c'est-à-dire capable d'aller se promener dans l'espace, à la recherche d'une autre forme de vie)? La question est moins métaphysique qu'elle n'en a l'air, pourvu que l'on garde en tête le calendrier de l'univers (une bonne illustration ici). Et nanti de ce viatique, quelques probabilités permettent de relativiser cruellement cette perspective.

Mon hypothèse principale est qu'une civilisation qui a le pouvoir d'aller dans l'espace a une espérance de vie courte, car elle est probablement également capable technologiquement de s'auto-détruire. Avec une bombe nucléaire entre les mains il est probable que notre monde civilisé durera moins de quelques millénaires.
Soyons très optimistes et imaginons qu'une telle civilisation ait une espérance de vie de 100 000 ans.

Ma deuxième hypothèse est qu'une civilisation évoluée a pu se créer n'importe quand dans le calendrier cosmique de l'univers. Il n'y a pas une date ou une période propice à l'émergence d'une telle civilisation.

Sous ces hypothèses, se faire rencontrer deux telles civilisations (la nôtre et l'extraterrestre), c'est faire coexister deux événements aléatoires d'une durée de 100 000 ans sur une échelle de 12 millards d'années.
Il y a donc une chance sur 120 000 pour que cela arrive... On peut toujours attendre, même si c'est plus que la probabilité de gagner le gros lot au Loto (une chance sur 14 millions)!

Par exemple, si un extraterrestre venait sur Terre, il aurait 3 chances sur 4 de n'y trouver qu'une soupe bactérienne pour unique forme de vie (durant 3 milliards d'années), une chance sur 8 de tomber sur des vertébrés (500 millions d'années) et une chance sur 8000 de tomber sur des homo sapiens (500 000 ans).

Dans notre quête de vie extraterrestre, on ne peut donc s'attendre qu'à trouver des traces de vie très primitives (bactéries) ou des restes de'une vie plus développée... mais disparue depuis des millions d'années.

mercredi 6 juin 2007

Le mieux, en pire?

- Regarde papa, je te fais un tour de magie - me dit numbertwo en me montrant d'un air fier son tableau conchié de gribouillis de feutre Véléda séché.
- T'as vu, c'est tellement vieux que ça part pas quand tu frottes...
Et de frotter sans succès ces traces trop anciennes avec le tampon-qui-est-censé-tout-effacer
- ...?
- Alors regarde, je vais cochonner encore plus - et il recouvre soigneusement les vieux gribouillis indélébiles avec le nouveau feutre qu'on vient d'acheter.
- Ohhh comme c'est beau mon chéri!!! Je crois que ce tableau blanc va vraiment finir à la poubelle!
- Mais non, papa, regarde!!

Et, d'un air triomphant, il passe le tampon sur ces nouveaux gribouillis et tout s'efface comme par miracle, les traces anciennes comme les nouvelles.

Moralité: parfois pour améliorer les choses, il faut juste les empirer un petit peu...

jeudi 17 mai 2007

Eloge de l'impureté

De nombreux phénomènes physiques, comme les changements d'état, ne pourraient se produire sans les impuretés du milieu -grains de poussière, aspérités, etc. Les bulles de champagne, par exemple, ne peuvent se former dans les coupes que grâce à la présence des petites peluches qui se trouvent au fond des coupes.

Ces petites peluches emprisonnent en effet quelques micro-bulles d'air qui attirent le gaz carbonique dissous dans l'alcool. La bulle grossit puis finit par remonter à la surface, en petits trains de bulle qui toutes partent du même endroit (l'explication complète sur le blog de ptitphilou par exemple)

Autrement dit, si l'on verse du champagne ou toute autre boisson gazeuse dans une coupe impeccablement propre, il ne se formerait aucune bulle! Autant dire que dans les conditions théoriques des livres, où les gaz sont purs et parfaits et les coupes de champagne parfaitement propres, le champagne ne pétillerait pas dans les verres... On saura gré pour une fois aux conditions d'expérimentations d'être toujours imparfaites.

Quoique... quelques inventions amusantes ont tiré parti de cette curiosité à l'envers: les bouillottes magiques par exemple, qui chauffent comme par magie dès que l'on "clipse" une petite pastille métallique présente dans la poche au milieu du liquide... A mesure que la bouillotte chauffe, elle devient solide.

Le principe de ce mécanisme est original: la bouillotte contient une solution sursaturée d'acétate de sodium. Normalement, à température ordinaire et avec ce niveau de concentration l'acétate de sodium devrait être cristallisé. Or il ne l'est pas car la bouillotte est si propre et la solution si pure, qu'il y manque un "germe" qui permette d'initier la réaction de précipitation. En "cliquant" la pastille métallique au milieu de la solution, on dégage la petite quantité d'énergie nécessaire pour déclencher la cristallisation. La cristallisation est une réaction exothermique et à mesure que le sel cristallise la bouillotte chauffe.

Le monde sans impureté serait décidément un drôle d'univers...

mardi 8 mai 2007

Libéralisme et capitalisme

«Je suis anti-capitaliste» car «antilibéral ne veut pas dire grand’chose», déclare Arlette Laguiller dans Libération. Pour le coup Arlette me paraît faire preuve de subtilité dans un pays où le mot libéral n'existe plus qu'en tant que néo ou ultra.

Etonnant sort pour ce mot, qui aux Etats-Unis est synonyme de lutte contre la peine de mort, droit à l'avortement, laïcité et progrès social en général: Les libéraux sont à gauche de l'échiquier politique nord-américain. Et le libéralisme ne s'y oppose pas à l'anti-libéralisme ou l'anticapitalisme cher à Arlette, mais au capitalisme brut des Républicains.

C'est, nous explique Daniel Cohen dans un article du Monde (12 avril) qu'il faut distinguer les deux acceptions du mot "libéralisme" au sens culturel (une idéologie plutôt fondée sur la tolérance et les libertés publiques) et économique (la fameuse doctrine du "laissez-faire").
Notre gauche, selon Daniel Cohen, est libérale culturellement et antilibérale économiquement. Pour la droite c'est l'inverse. Le FN est antilibéral dans tous les sens du terme. Le centre serait libéral tant économiquement que culturellement (le parti des "bobos", post-soixante-huitards convertis au réalisme économique) .

La classification a le mérite d'éclaicir le positionnement de notre classe politique. Mais elle me semble un peu réductrice car elle mélange encore libéralisme et capitalisme. Or le libéralisme me semble presque aussi éloigné de la vision économique traditionnelle de notre droite gaulliste que de l'antilibéralisme d'Arlette. Car contrairement à l'image d'Epinal, le fondement idéologique du libéralisme est radicalement à l'opposé des politiques nationalistes protégeant des champions nationaux et érigeant les grandes entreprises en modèles économiques. Au contraire. Traquant sans cesse ce qui pourrait fausser la concurrence "pure et parfaite" dans un marché de consommateurs parfaitement libres et informés, le libéralisme est incompatible avec des montages industriels visant à dissuader toute concurrence. Incompatible avec corporatismes et lobbies qui déséquilibrent l'équité de traitement entre acteurs économiques. Et surtout incompatible avec toutes formes de corruption, de népotisme ou de favoritisme, non pas pour des motifs moraux mais parce qu'elles ne permettent pas la meilleure performance économique. Bref, le libéralisme censé être aux antipodes d'un capitalisme d'Etat.

Prenons la Commission Européenne par exemple. Symbole suprême du libéralisme dénoncé par tous les partis de droite comme de gauche en France, elle est perçue à l'inverse comme une dangereuse réminescence de gauche (sic!) dans certains pays de l'ex-bloc communiste. L'opinion publique polonaise voit dans ses réglementations pour la protection du consommateur, contre les abus de position dominante, pour la transparence des comptes, etc. autant d'exigences bureaucratiques d'un autre âge. Etonnant et éclairant sur le malentendu français autour du mot libéralisme...

A consulter: un article (un peu théorique) sur la différence entre libéralisme et capitalisme, sur le site d'Alternative libérale, le seul parti se réclamant du libéralisme en France...

samedi 5 mai 2007

Le Webinet des curiosités?

Bonjour, sur ce blog en vrac toutes les idées amusantes ou intéressantes que j'ai pu glaner ici ou là, sur les sciences dures, molles ou très molles, les sites qui m'ont plu... Economie, politique (un peu quand même), biologie, phénomènes naturels, tout ce qui intrigue, explique, décortique.