mardi 27 novembre 2007

Nous sommes tous les descendants de Charlemagne

Amusant insert d'O Postel-Vinay dans l'Histoire de ce mois-ci, en référence à un article de Nature de 2004.

Charlemagne a vécu il y a environ 1200 ans, soit à peu près 48 générations.
Si tous nos ancêtres étaient de lignées différente, nous aurions chacun 2 puissance 48 ancêtres vivant à cette époque. Soit environ 281 000 milliards d'individus, bien plus que la population de toute la Terre.

Le paradoxe s'explique bien sûr par la forte consanguinité de nos arbres généalogiques, mais avec ce raisonnement simple, on conçoit intuitivement que tous les contemporains de Charlemagne sont très probablement nos ancêtres, Charlemagne lui-même y compris.

L'article publié dans Nature (commenté dans Science Daily) présente les résultats d'une modélisation mathématique plus complexe, tenant compte d'une reproduction intra-groupes sociaux et conclut à un ancêtre commun à toute l'humanité, vivant il y a 3000 ans seulement.

Appliqué à l'avenir, ce modèle prédit que chacun de nous est ancêtre de toute l'humanité qui vivra dans 2000 ans. Ca fait mal à la tête.

5 commentaires:

Tom Roud a dit…

"Appliqué à l'avenir, ce modèle prédit que chacun de nous est ancêtre de toute l'humanité qui vivra dans 2000 ans. Ca fait mal à la tête."

Je ne suis pas complètement sûr de cela en fait. Dans les modèles simples de généalogie, la force majeure derrière cette sélection de lignée, c'est la disparition pure et simple des lignées entière (c'est ce qu'on appelle la coalescence). Etant donné qu'en Occident, les couples ont moins de deux enfants, la probabilité pour qu'une lignée s'éteigne est à mon avis encore plus importante.

Xochipilli a dit…

Ca semble logique, effectivement. Dommage c'était une perspective un peu plus guillerette!

K von Murphy a dit…

Mouais. Dans le cas précis de Charlemagne, je veux bien, il a été très prolifique.

Pour l'ancêtre commun à l'humanité il y a 3000 ans, je doute. Quand je vois que mes ancêtres de Saône-et-Loire pendant la Révolution cherchaient femme au mieux au village d'à-côté, l'isolement a dû énormément jouer et les gènes se répandre relativement peu d'un bout d'un continent à l'autre, surtout dans l'Antiquité. À moins qu'une poignée de voyageurs et de marchands répandant leur gènes au passage suffise à cette propagation...

Xochipilli a dit…

Je suis assez d'accord avec cette remarque et pour aller dans ce sens, certains traits très spécifiques à certaines populations (celtes, bretons, etc) restent très localisés géographiquement au fil des siècles, voire des millénaires, et suivent la même cartographie que celle de leurs patronymes caractéristiques.

Le brassage génétique semble donc trouver très vite certaines limites... Tom relate par exemple la diffusion d'un gêne apparu il y a 1000 ans en Asie et diffusé maintenant auprès de 8% de la population asiatique: c'est à la fois énorme et très peu par rapport à la prédiction que j'évoque dans ce post.

K von Murphy a dit…

Plus je pense à cet ancêtre commun récent, plus je trouve ça plausible (sans être qualifié pour juger de la pertinence réelle).

Il y a toujours eu des individus qui voyageaient (marchands, soldats, nobles...) et il suffit de quelques personnes de ce genre pour répandre leurs gène, ou plutôt leur généalogie, même si numériquement ils sont trop peu nombreux pour jouer notablement sur les distributions de gènes locaux. On ne parle pas d'homogénéisation génétique, mais simplement de croiser des arbres.

Exemple : un Égyptien romanisé (descendant lointain de Soudanais) passe en Bretagne sous Auguste et fait souche : aucun impact sur les taches de rousseur locales, mais quelques siècles après tous les Bretons ont des ancêtres soudanais - pour ce qui des gènes, ça j'en sais rien, ça a pu être en pratique purgé par la dilution.

Ou encore un gamin laissé par Marco Polo en Chine.

Certaines périodes ont dû être fastes pour un brassage de ce genre (Empire romain, croisades, toutes les guerres...). Les échanges entre continents ont toujours été plus nombreux que l'on croyait, et si les gens allaient chercher leur femme au village d'à côté, ce n'était pas le cas de TOUS.

Les vrais problèmes après pour calculer le mélange, ce serait plutôt la manière dont les gènes se mélangent au sein d'un même coin, et, comme dit Tom, le problème de l'extinction des lignées (nous oublions celles éteintes car dans notre généalogie nous ne voyons que nos ancêtres qui eux ne sont pas éteints).