jeudi 13 décembre 2007

Supplément de bagages


Un humoriste (était-ce Guy Montagné, dont la Kolossale finesse sévissait dans les Collaroshow de notre enfance?) proposait dans les années 80 une recette infaillible pour éviter de se retrouver avec un terroriste dans son avion quand on part en vacances: il peut à la rigueur y avoir une bombe dans l'avion, mais deux ça ne s'est jamais vu. Donc pour être tranquille, il suffit d'emporter sa propre bombinette avec soi dans l'avion. Pratique!

Evidemment, le raisonnement est absurde... mais pourquoi au fait?

La probabilité qu'il y ait deux bombes dans l'avion est (historiquement) nulle, certes. Mais la probabilité qu'il y ait un terroriste ou pas dans mon avion (avec sa bombe) est indépendante de ma décision d'emporter une bombe. Autrement dit, apporter ma bombe n'annule pas la probabilité qu'il y en ait une autre.

Par contre la probabilité d'avoir des ennuis avec la police de l'air augmente très fortement. Sans compter le supplément de bagage à payer, pas négligeable en ces temps de morosité du pouvoir d'achat...

lundi 10 décembre 2007

Psychologie de l'agacement



Dans son livre "Agacements", Jean-Claude Kaufmann dissèque le phénomène dans l'intimité d'un couple, une fois dissipée la phase d'amour extatique où l'on trouve les petites manies de l'autre "charmantes".

J'en retiens deux mécanismes: le premier, plutôt social (le social commence à deux), est le choc de ces deux micro-cultures sous un même toit. L'amour se rêve dans la fusion des corps et des âmes et s'idéalise dans l'harmonie parfaite des goûts et des comportements. Or la vie à deux se révèle très vite être une "machinerie à produire du contraste identitaire" où éclatent les différences dans les modes de vie au quotidien -que ce soit les chaussettes qui traînent ou la télévision constamment en marche. Ces dissonances deviennent rapidement irritantes tant elles contrastent avec l'idéal amoureux de l'accord parfait. Kaufmann voit dans cet agacement naissant "un indice que le processus d’unification s’est mis en branle". L'agacement comme une manière pour le couple de trouver son modus vivendi.

L'explication psychologique me semble plus intéressante. Nous accomplissons dans la routine quotidienne un grand nombre de gestes de manière mécanique, sans y réfléchir: attraper son bol pour le petit-déjeuner, se laver les dents en prenant sa brosse de la main gauche et le tube de dentifrice sur la tablette près du verre à dents etc. Ces automatismes sont très pratiques car ils déchargent l'esprit d'une concentration inutile et permettent de penser à autre chose, de se réveiller etc. Imaginez un instant une journée où chaque geste serait pensé, réfléchi, calculé: ce serait épuisant.

Lorsque l'un de ces automatismes se trouve contrarié - le bol qui n'est pas à sa place habituel dans le placard- l'esprit est contraint de se réveiller, de comprendre ce qui se passe et de trouver une solution - ouvrir l'autre porte du placard. Si c'est son conjoint qui est à l'origine de cette interruption de notre pilotage automatique, la surprise fait place à l'amusement puis à l'agacement lorsque la chose se répète. L'aspect systématique de ce réveil psychique irrite. D'autant que c'est l'être aimé -le traître! - qui en est la cause alors que l'on attend de lui support et amitié. Surtout si -traitrise des traitrises - il ne prête semaine après semaine, mois après mois, aucune attention à nos récriminations. Et si - à force - il s'agace lui-même de notre propre agacement, on a réuni les ingrédients d'un cocktail conjugal détonant.

Dans cette perspective, nos sources d'agacement intimes éclairent mieux qu'une psychanalyse, les gestes, les idées, les moments de notre quotidien pour lesquels nous sommes le plus confortablement installés "en mode automatique". Analyser ce qui nous agace le plus, c'est mettre le doigt sur nos valeurs les moins conscientes, les plus mécaniques, les moins explicables. Celles auxquelles nous ne pensons pas car elles vont de soi.
Elles nous renvoient ainsi au plus profond de notre construction psychique. Plus un comportement nous agace, plus il nous renseigne sur un aspect de notre inconscient...

Une dispute vaudrait-elle plus qu'une séance de psy?

samedi 8 décembre 2007

Le satyre et le Paysan




Un homme s'était, dit-on, lié d'amitié avec un satyre.
L'hiver étant venu, comme il faisait froid, l'homme portait les mains à sa bouche et soufflait dessus.
"Que fais-tu là ?", lui demanda le satyre.
"Je me réchauffe les mains, dit-il, car il fait froid."
Plus tard, ils passèrent à table.
Comme le plat qu'on lui avait servi était très chaud, l'homme y prélevait de petits morceaux et, les portant à sa bouche, il soufflait dessus.
Interrogé une nouvelle fois par le satyre, il expliqua qu'il refroidissait ainsi sa nourriture.
"Eh bien, lui dit le satyre, je renonce à ton amitié, car tu souffles de la même bouche et le chaud et le froid."
Nous aussi, gardons-nous de l'amitié de qui mène double jeu.


Observateur, ce satyre de la fable d'Esope, mais pas scientifique. Cherchons à comprendre à sa place pourquoi l'air que nous expirons semble plus frais soufflé bouche à demi-fermée que bouche ouverte.

Intuitivement on se dit que l'air est plus froid parce qu'il va plus vite. Avant de sortir de la bouche l'air était comprimé. En sortant il accélère et se détend et la décompresssion provoque son refroidissement, c'est le principe du réfrigérateur. On peut en faire l'expérience en utilisant n'importe quel aérosol, extincteur ou récipient sous pression. Par ailleurs, plus le filet d'air est mince, plus la surface exposée au contact de l'air ambiant est importante (elle croît avec le carré des dimensions du cône, donc moins vite que le volume du cône qui lui, croît avec le cube de ces mêmes dimensions).

Pourtant l'explication pourrait ne pas totalement satisfaire notre satyre fraîchement converti à la physique moderne car, objecterait-il, même lorsque la compression dans la bouche est très faible, l'air est toujours aussi frais. Y compris très près de la bouche, alors même qu'il n'a pas eu le temps de se refroidir au contact de l'air ambiant. Avez-vous essayé, nous glisserait-il d'un air malicieux, de souffler sur un thermomètre pour voir s'il marque une température plus basse? Car dans ce domaine, les sens des humains les trompent souvent, leur faisant accroire qu'un ventilateur rafraîchit alors qu'il ne fait que brasser de l'air chaud.

Le satyre a raison... et tort à la fois. Car la sensation de fraîcheur qu'apporte l'air brassé -même chaud- d'un ventilateur n'est pas uniquement le fruit de l'imagination. C'est le phénomène de "sensation thermique" qui s'explique par le renouvellement rapide de la couche d'air chaud et humide isolant notre peau de l'air ambiant. Ce remplacement continu de l'air se trouvant au contact de la peau facilite l'évaporation de la sueur, évaporation qui est notre principal mécanisme de refroidissement corporel (pour s'évaporer l'eau absorbe de l'énergie, donc produit, en quelque sorte, du froid).

Rien de psychologique là dedans, ami satyre.

Mais votre critique est très utile car c'est sans doute ce même mécanisme qui permet de refroidir efficacement -mais certes pas élégamment - sa soupe: en soufflant dessus, on chasse la couche d'air isolante et saturée en vapeur située juste au-dessus de la surface et l'on accélère son évaporation. Plus la vitesse de l'air est forte, plus le renouvellement est accéléré et le refroidissement rapide.

Un souffle fin rafraîchirait donc à la fois par sa température plus basse et par son effet sur l'évaporation. A l'inverse, lorsque l'on souffle bouche grande ouverte, l'air n'est ni détendu ni très rapide. Tout près de la bouche, il est encore très chaud, et dans le froid il réchauffe ainsi les mains efficacement. Notre satyre peut se réconcilier avec son ami humain.

Pour une température donnée, un liquide (ou un organisme) peut donc refroidir très vite en fonction du vent. Le phénomène est plus marqué à basse température, ce qui explique que l'on se préoccupe beaucoup de la vitesse du vent dans les régions nordiques. Selon Wikipedia l'effet sur le corps humain d'un vent de 50km/h à -20°, équivaut à une température extérieure de -35°! C'est très froid, même pour un satyre.

jeudi 6 décembre 2007

A quand la non-communication efficace?

video
C'était au siècle précédent, lorsque l'on réclamait un monde où l'on communiquerait facilement. Où l'on pourrait joindre n'importe qui, n'importe quand, n'importe où et par n'importe quel moyen, téléphone, fax ou -plus tard- email. Avec comme vision idyllique la fin de la course d'un rendez-vous à l'autre, le travail depuis chez soi, à la campagne ou même depuis son voilier, assistant par visio-conférence à une réunion se tenant à des milliers de kilomètres de là...

Et puis le rêve s'est réalisé. On court moins après les autres et l'on est joignable à peu près n'importe quand, pour le meilleur et pour le pire. Pendant que j'écris ce blog, je pense à une vidéo faite par Siemens pour l'illustrer et demande à un ami s'il peut me la retrouver et me l'envoyer: ce sera fait avant d'avoir fini mon post. Mais c'est une banalité que d'évoquer l'avalanche de sollicitations sous laquelle croûlent les cadres de nos sociétés modernes. Pas un compte-rendu sans son powerpoint de vingt pages, diffusé à tous étages de tous les services. La facilité de diffusion épargne à l'émetteur le choix des destinataires et la politesse de la synthèse. Les moindres discussions à deux prennent systématiquement la Terre entière à témoin ("pour qu'il y ait une trace", s'excuse-t-on dans les couloirs).

Eduqués dans le culte de la réactivité, nos cadres usent de leur mail comme d'une raquette de ping-pong et répondant du tac au tac, contribuant ainsi à l'entropie du système. Sans parler de ceux qui veulent toujours avoir le dernier mot. Connectés en permanence -c'est leur seule chance de ne pas faire exploser leur boîte aux lettres sous le volume des messages non lus, ils alimentent le système et ne trouvent plus le temps pour travailler le fond des dossiers. Inimaginable il y a cinq ans, l'usage du laptop en réunion est maintenant monnaie courante.

Word en fait les frais, trop formel et désormais réservé à des formulaires austères ou des lettres aux clients. Vive Powerpoint! Non pas pour illustrer visuellement d'un mot ou d'une image forte une présentation. Il est maintenant simplement la preuve écrite qu'on a rapidement réfléchi à un sujet et jeté quelques idées sur un support, sans souci de formalisme ni de synthèse. Ecrit souvent en globish , la langue de travail de toutes les multinationales, c'est LE document de travail par excellence, distribué et commenté en scéance puis diffusé au monde entier, alimentant d'interminables commentaires et corrections.

Face à cette avalanche de mails et de documents indigestes, nos cadres sont mal préparés, culpabilisés à l'idée de passer à côté d'une information importante glissée dans un de ces mails. D'autant que grâce à la diffusion tous azimuts, nul n'est censé ignorer quoi que ce soit, puisque c'est écrit. La question pour eux n'est plus de pouvoir communiquer que de trouver le temps de ne pas de le faire.

L'efficacité a changé de camp: la réactivité se fait parfois contre-productive. Et jamais le discernement n'a été aussi vital (entre ce qui est important et ce qui ne l'est pas). Après la promesse d'une communication instantanée et sans contrainte, le nouveau Graal ne serait-t-il pas une non-communication efficace?

dimanche 2 décembre 2007

Poils à gratter auditifs




En latin aujourd'hui se disait hodie (littéralement, hoc-die ce-jour) contracté en hui en vieux français (hoy en espagnol, hoje en portugais, oggi en italien...).

Aujourd'hui, littéralement au-jour-d'hui, est donc un pléonasme, puisqu'il s'agit déjà "du jour de ce jour-ci". Il faut reconnaître que ce hui sonne un peu court par rapport à l'importance du jour qu'il désigne.

L'expression "Au jour d'aujourd'hui" qu'on entend si souvent est donc un pléonasme au carré. Littéralement au-jour-du-jour de-ce-jour-ci. J'adore le ton sentencieux qui accompagne généralement cette expression et prédis que dans 500 ans, on inventera "au jour d'au-jour-d'aujourd'hui" (qu'on aura le droit d'écrire avec ou sans traits d'union). Toute l'histoire d'aujourd'hui est .

Dans le genre poil à gratter des oreilles, l'horripilant "la faute à Machin", qui s'incruste à longueur de revues de presse et d'éditoriaux... Un million d'occurences sur Google pour cette expression incorrecte (en prenant soin de retirer les références à Voltaire et Rousseau qui ne comptent pas) contre seulement 800 000 pour le très correct "la faute de" qui passerait presque pour une tournure maladroite.

Heureusement sur d'autres flancs, l'orthographe résiste vaillamment, avec "au temps pour moi", utilisé (j'imagine) à l'origine par l'officier faisant défiler la troupe, et dont le pas s'est malencontreusement décalé d'un temps.

Le site de l'académie française est très bien fait sur ces questions, où l'on apprend que le pluriel ne commence qu'à partir de deux et que "évènement" est correct alors que "événement" ne l'est plus. Décidément...

mardi 27 novembre 2007

Nous sommes tous les descendants de Charlemagne

Amusant insert d'O Postel-Vinay dans l'Histoire de ce mois-ci, en référence à un article de Nature de 2004.

Charlemagne a vécu il y a environ 1200 ans, soit à peu près 48 générations.
Si tous nos ancêtres étaient de lignées différente, nous aurions chacun 2 puissance 48 ancêtres vivant à cette époque. Soit environ 281 000 milliards d'individus, bien plus que la population de toute la Terre.

Le paradoxe s'explique bien sûr par la forte consanguinité de nos arbres généalogiques, mais avec ce raisonnement simple, on conçoit intuitivement que tous les contemporains de Charlemagne sont très probablement nos ancêtres, Charlemagne lui-même y compris.

L'article publié dans Nature (commenté dans Science Daily) présente les résultats d'une modélisation mathématique plus complexe, tenant compte d'une reproduction intra-groupes sociaux et conclut à un ancêtre commun à toute l'humanité, vivant il y a 3000 ans seulement.

Appliqué à l'avenir, ce modèle prédit que chacun de nous est ancêtre de toute l'humanité qui vivra dans 2000 ans. Ca fait mal à la tête.

dimanche 4 novembre 2007

L'eau et la vie extraterrestre: quel rapport?

On associe souvent l'eau à une condition nécessaire à la vie: Pas d'eau, pas de vie. D'où l'émoi que suscite chaque découverte de traces d'eau sur les planètes de notre système solaire. Mais pourquoi ce qui serait indispensable à la vie sur Terre le serait-il dans d'autres systèmes extra-terrestres? Ne peut-on imaginer que la vie sous d'autres formes se soit développée grâce à d'autres substances que l'eau?

La réponse tiendrait à ce que la vie ne peut se développer que dans un milieu liquide et que l'eau est le meilleur -si ce n'est le seul- candidat à une telle présence sous forme abondante.

La naissance de la vie suppose un grand nombre de réactions chimiques qui impliquent de nombreuses interactions entre les molécules. Dans un milieu solide, les molécules sont souvent peu mobiles et interagissent peu. Dans un gaz, elles sont certes très mobiles, mais aussi très éloignées les unes des autres rendant les échanges moins probables. Un milieu liquide est donc naturellement plus favorable à la multiplication de réactions chimiques et probablement nécessaire à la naissance de la vie sur une planète.

L'eau est une des molécules abondantes dans l'univers car constituée elle-même d'atomes très abondants. L'hydrogène, le plus simple des atomes (un proton et un électron) représente 92% des atomes de l'univers. L'oxygène bien que plus complexe (8 protons et 8 électrons) est aussi l'un des atomes les plus fréquents de l'univers car né des réactions de fusion entre atomes d'Hélium des premières étoiles.

Ensuite l'eau tend naturellement à rester liquide plus que d'autres molécules similaires, (source: Wikipedia) notamment du fait des liaisons entre atomes d'hydrogène de molécules voisines, qui "s'accrochent" ainsi les unes aux autres:
- L'eau s'évapore à température particulièrement élevée par rapport à sa masse moléculaire, car il lui faut beaucoup d'énergie pour briser ces liaisons hydrogènes.
- L'eau possède cette propriété rare d'être plus dense liquide que solide. Alors que dans tout autre substrat, le liquide flotte en surface et gèle en profondeur, l'eau reste liquide en profondeur, protégée de surcroît par la couche de glace en surface. Comme elle atteint sa densité maximale à 4°C, la température maximale du fond d'un lac descend rarement en dessous de cette température, permettant ainsi la survie de son écosystème en cas de grand froid.

Enfin l'eau possède des propriétés biochimiques intéressantes pour le développement de la vie:
- c'est un "solvant doux", ni acide ni basique et peu oxydant vis-à-vis des molécules carbonnées y baignant. L'eau permet de dissoudre de nombreuses molécules sans les modifier chimiquement et sans se modifier elle-même.
- Sa tension superficielle particulièrement élevée est propice au phénomène de capillarité très utilisé par les organismes vivants (les plantes en particulier).

Molécule abondante, particulièrement stable sous forme liquide et peu agressive par rapport à ce qui s'y baigne, l'eau est ainsi LE milieu idéal aux réactions chimiques entre atomes et molécules nécessaires à toute éclosion d'une forme de vie...

samedi 8 septembre 2007

L'espérance de vie sur une bande d'arrêt d'urgence

Parmi les plus célèbres légendes urbaines, celle de l'espérance de vie de quinze minutes sur la bande d'arrêt d'urgence d'une autoroute m'amuse beaucoup. On la retrouve surtout sur les sites des vendeurs d'équipements de sécurité pour lesquels ces chiffres effarants sont d'excellents arguments de vente (ce pdf de Norauto par exemple).

Circuler sur la bande d'arrêt d'urgence est très dangereux, bien entendu, personne ne le conteste. Mais ces quinze minutes-là me laissent perplexe et je n'ai rien trouvé sur le site des légendes urbaines.

L'espérance de vie est la moyenne statistique de toutes les durées de vie des personnes se trouvant dans la situation en question. Donc y compris celles qui ne sont pas mortes à l'issue de cette aventure, soit probablement une bonne proportion de TOUS les conducteurs automobiles... Comment peut-on les prendre en compte?!

On peut imaginer que ces quinze minutes se rapportent aux seules personnes mortes sur ces BAU. Mais dans ce cas, ce chiffre nous renseigne peu sur la dangerosité des BAU: par exemple s'il n'y a qu'une personne décédée dans ces circonstances sur les milliers auxquelles il n'est heureusement rien arrivé...

Tout cela pour rassurer nos valeureux gendarmes qui sont régulièrement stationnés sur les BAU, tout concentrés qu'ils sont sur leur passion pour la photographie d'automobilistes trop pressés!

dimanche 26 août 2007

Nous ne verrons jamais ET...

Avons-nous la moindre chance de croiser un extra-terrestre d'une civilisation aussi développée que la nôtre (c'est-à-dire capable d'aller se promener dans l'espace, à la recherche d'une autre forme de vie)? La question est moins métaphysique qu'elle n'en a l'air, pourvu que l'on garde en tête le calendrier de l'univers (une bonne illustration ici). Et nanti de ce viatique, quelques probabilités permettent de relativiser cruellement cette perspective.

Mon hypothèse principale est qu'une civilisation qui a le pouvoir d'aller dans l'espace a une espérance de vie courte, car elle est probablement également capable technologiquement de s'auto-détruire. Avec une bombe nucléaire entre les mains il est probable que notre monde civilisé durera moins de quelques millénaires.
Soyons très optimistes et imaginons qu'une telle civilisation ait une espérance de vie de 100 000 ans.

Ma deuxième hypothèse est qu'une civilisation évoluée a pu se créer n'importe quand dans le calendrier cosmique de l'univers. Il n'y a pas une date ou une période propice à l'émergence d'une telle civilisation.

Sous ces hypothèses, se faire rencontrer deux telles civilisations (la nôtre et l'extraterrestre), c'est faire coexister deux événements aléatoires d'une durée de 100 000 ans sur une échelle de 12 millards d'années.
Il y a donc une chance sur 120 000 pour que cela arrive... On peut toujours attendre, même si c'est plus que la probabilité de gagner le gros lot au Loto (une chance sur 14 millions)!

Par exemple, si un extraterrestre venait sur Terre, il aurait 3 chances sur 4 de n'y trouver qu'une soupe bactérienne pour unique forme de vie (durant 3 milliards d'années), une chance sur 8 de tomber sur des vertébrés (500 millions d'années) et une chance sur 8000 de tomber sur des homo sapiens (500 000 ans).

Dans notre quête de vie extraterrestre, on ne peut donc s'attendre qu'à trouver des traces de vie très primitives (bactéries) ou des restes de'une vie plus développée... mais disparue depuis des millions d'années.

mercredi 6 juin 2007

Le mieux, en pire?

- Regarde papa, je te fais un tour de magie - me dit numbertwo en me montrant d'un air fier son tableau conchié de gribouillis de feutre Véléda séché.
- T'as vu, c'est tellement vieux que ça part pas quand tu frottes...
Et de frotter sans succès ces traces trop anciennes avec le tampon-qui-est-censé-tout-effacer
- ...?
- Alors regarde, je vais cochonner encore plus - et il recouvre soigneusement les vieux gribouillis indélébiles avec le nouveau feutre qu'on vient d'acheter.
- Ohhh comme c'est beau mon chéri!!! Je crois que ce tableau blanc va vraiment finir à la poubelle!
- Mais non, papa, regarde!!

Et, d'un air triomphant, il passe le tampon sur ces nouveaux gribouillis et tout s'efface comme par miracle, les traces anciennes comme les nouvelles.

Moralité: parfois pour améliorer les choses, il faut juste les empirer un petit peu...

jeudi 17 mai 2007

Eloge de l'impureté

De nombreux phénomènes physiques, comme les changements d'état, ne pourraient se produire sans les impuretés du milieu -grains de poussière, aspérités, etc. Les bulles de champagne, par exemple, ne peuvent se former dans les coupes que grâce à la présence des petites peluches qui se trouvent au fond des coupes.

Ces petites peluches emprisonnent en effet quelques micro-bulles d'air qui attirent le gaz carbonique dissous dans l'alcool. La bulle grossit puis finit par remonter à la surface, en petits trains de bulle qui toutes partent du même endroit (l'explication complète sur le blog de ptitphilou par exemple)

Autrement dit, si l'on verse du champagne ou toute autre boisson gazeuse dans une coupe impeccablement propre, il ne se formerait aucune bulle! Autant dire que dans les conditions théoriques des livres, où les gaz sont purs et parfaits et les coupes de champagne parfaitement propres, le champagne ne pétillerait pas dans les verres... On saura gré pour une fois aux conditions d'expérimentations d'être toujours imparfaites.

Quoique... quelques inventions amusantes ont tiré parti de cette curiosité à l'envers: les bouillottes magiques par exemple, qui chauffent comme par magie dès que l'on "clipse" une petite pastille métallique présente dans la poche au milieu du liquide... A mesure que la bouillotte chauffe, elle devient solide.

Le principe de ce mécanisme est original: la bouillotte contient une solution sursaturée d'acétate de sodium. Normalement, à température ordinaire et avec ce niveau de concentration l'acétate de sodium devrait être cristallisé. Or il ne l'est pas car la bouillotte est si propre et la solution si pure, qu'il y manque un "germe" qui permette d'initier la réaction de précipitation. En "cliquant" la pastille métallique au milieu de la solution, on dégage la petite quantité d'énergie nécessaire pour déclencher la cristallisation. La cristallisation est une réaction exothermique et à mesure que le sel cristallise la bouillotte chauffe.

Le monde sans impureté serait décidément un drôle d'univers...

mardi 8 mai 2007

Libéralisme et capitalisme

«Je suis anti-capitaliste» car «antilibéral ne veut pas dire grand’chose», déclare Arlette Laguiller dans Libération. Pour le coup Arlette me paraît faire preuve de subtilité dans un pays où le mot libéral n'existe plus qu'en tant que néo ou ultra.

Etonnant sort pour ce mot, qui aux Etats-Unis est synonyme de lutte contre la peine de mort, droit à l'avortement, laïcité et progrès social en général: Les libéraux sont à gauche de l'échiquier politique nord-américain. Et le libéralisme ne s'y oppose pas à l'anti-libéralisme ou l'anticapitalisme cher à Arlette, mais au capitalisme brut des Républicains.

C'est, nous explique Daniel Cohen dans un article du Monde (12 avril) qu'il faut distinguer les deux acceptions du mot "libéralisme" au sens culturel (une idéologie plutôt fondée sur la tolérance et les libertés publiques) et économique (la fameuse doctrine du "laissez-faire").
Notre gauche, selon Daniel Cohen, est libérale culturellement et antilibérale économiquement. Pour la droite c'est l'inverse. Le FN est antilibéral dans tous les sens du terme. Le centre serait libéral tant économiquement que culturellement (le parti des "bobos", post-soixante-huitards convertis au réalisme économique) .

La classification a le mérite d'éclaicir le positionnement de notre classe politique. Mais elle me semble un peu réductrice car elle mélange encore libéralisme et capitalisme. Or le libéralisme me semble presque aussi éloigné de la vision économique traditionnelle de notre droite gaulliste que de l'antilibéralisme d'Arlette. Car contrairement à l'image d'Epinal, le fondement idéologique du libéralisme est radicalement à l'opposé des politiques nationalistes protégeant des champions nationaux et érigeant les grandes entreprises en modèles économiques. Au contraire. Traquant sans cesse ce qui pourrait fausser la concurrence "pure et parfaite" dans un marché de consommateurs parfaitement libres et informés, le libéralisme est incompatible avec des montages industriels visant à dissuader toute concurrence. Incompatible avec corporatismes et lobbies qui déséquilibrent l'équité de traitement entre acteurs économiques. Et surtout incompatible avec toutes formes de corruption, de népotisme ou de favoritisme, non pas pour des motifs moraux mais parce qu'elles ne permettent pas la meilleure performance économique. Bref, le libéralisme censé être aux antipodes d'un capitalisme d'Etat.

Prenons la Commission Européenne par exemple. Symbole suprême du libéralisme dénoncé par tous les partis de droite comme de gauche en France, elle est perçue à l'inverse comme une dangereuse réminescence de gauche (sic!) dans certains pays de l'ex-bloc communiste. L'opinion publique polonaise voit dans ses réglementations pour la protection du consommateur, contre les abus de position dominante, pour la transparence des comptes, etc. autant d'exigences bureaucratiques d'un autre âge. Etonnant et éclairant sur le malentendu français autour du mot libéralisme...

A consulter: un article (un peu théorique) sur la différence entre libéralisme et capitalisme, sur le site d'Alternative libérale, le seul parti se réclamant du libéralisme en France...

samedi 5 mai 2007

Le Webinet des curiosités?

Bonjour, sur ce blog en vrac toutes les idées amusantes ou intéressantes que j'ai pu glaner ici ou là, sur les sciences dures, molles ou très molles, les sites qui m'ont plu... Economie, politique (un peu quand même), biologie, phénomènes naturels, tout ce qui intrigue, explique, décortique.